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Plusieurs vies par jour

Chapitre 2 : Imminence

          Un soir d’août 1998, diplômée d’une grande école de commerce international, Emma est précoce et âgée de 21 ans. Elle tient dans ses mains tous les atouts pour construire un futur brillant.

          Sur l’une des plages de son enfance, les pieds dans l’eau salée de la mer chauffée par une journée de canicule, le visage caressé par la lumière du coucher de soleil, ses longs cheveux bruns et ondulés flottent dans la brise bienvenue du soir. Son esprit est si léger qu’elle sent qu’elle pourrait presque s’envoler.

          20h44. C’est pourtant à cet instant précis de détente absolue que son corps, lui, se crispe soudainement. Totalement figée, impossible pour Emma de bouger le moindre membre, le moindre doigt, le moindre muscle. Elle essaye de toutes ses forces, mais rien n’y fait. Elle est piégée à l’intérieur d’un corps qui ne répond plus. Une vague vient alors lui faire perdre l’équilibre. Elle tente de le reprendre, en vain. Telle une statue de cire qui vacille, la chute en arrière ne dure que quelques secondes. Celle-ci semble pourtant lui durer une éternité. Moment suspendu.

          Son corps tétanisé touche alors enfin la surface pour s’enfoncer doucement dans les 70 cm d’eau du bord de mer. Quand le corps ne répond plus, c’est juste assez pour s’y noyer. À l’horizontale, elle sent progressivement l’eau monter et lui remplir les oreilles. Les sons autour d’elle s’étouffent et disparaissent pour laisser place aux roulis sourds des vagues et des galets. Les yeux grands ouverts, elle s’enfonce encore plus profondément et entend bientôt les battements de son cœur. Elle aperçoit quelques secondes le ciel bleu teinté de l’orangé du soleil couchant avant que l’eau ne trouble sa vision. Sous la surface, les sensations sont différentes. Un instant de flottement précède le contact amorti du crâne sur le sol sableux. Quelques secondes hors du temps.

          Puis vient le moment tant redouté d’inspirer. Alors qu’en temps normal celui-ci est libérateur, ici et maintenant, pour Emma c’est un véritable supplice. Elle sent l’eau salée lui emplir la bouche, le nez, les bronches, les poumons. Le sel lui brûle la gorge et les narines. Sous l’eau, Emma hurle intérieurement la douleur aigüe qui fait tressaillir et convulser son corps. Ce sont bien les seuls mouvements dont il est capable à cet instant précis. Car il réclame sa dose d’oxygène. Mais rien ne vient. Ses poumons sont bien incapables d’extraire quoi que ce soit du liquide salé qui les envahit.

          Après plusieurs minutes, affaibli par le manque d’oxygène, le cœur cesse ses battements. Emma prend alors conscience que ce tempo intime, considéré comme normal, acquis — presque dû — est en réalité fragile. Bien loin d’être éternel. Alors que ses carotides semblaient prêtes à exploser il y a encore quelques secondes, celles-ci se sont désormais tues. C’est étrange de ne plus ressentir son pouls. La douleur est intense, mais Emma sait que cela ne va pas durer.

          Car même si son cerveau n’est plus irrigué, celui-ci a déjà ordonné la libération de toutes les endorphines dont le corps dispose. Pour la soulager, la dose maximale est prescrite. Cela lui permet déjà de vivre l’expérience de manière plus soutenable. Puis un instant plus tard, blottie au cœur de l’encéphale d’Emma, la glande pinéale s’active. Doucement d’abord, comme si celle-ci hésitait à se mettre en marche et accepter son véritable rôle. Comme si la petite glande mystérieuse mesurait elle-même la gravité de l’instant, elle prend une seconde pour se donner du courage et de l’élan. Puis plus d’hésitation possible, plus de temps à perdre, il faut y aller. La pinéale libère alors une substance délicieusement puissante appelée DMT. Cette hormone porte également un autre nom : l’hormone de la Mort. En un éclair, la substance se répand dans tout le corps. Et à cet instant, tout devient plus doux. Plus calme. Plus agréable. La brûlure du sel s’évanouit. Les tressaillements faiblissent. Les convulsions cessent.

          La vue des ondulations sous la surface de l’eau captive Emma. Le mouvement des vagues la berce. Puis, la luminosité du ciel s’intensifie. Bleu, bleu ciel, blanc. C’est fort, de plus en plus fort. Emma est éblouie. Elle sent ses paupières se fermer, enfin. Mais l’intense lumière blanche, elle, ne faiblit pas. Plusieurs émotions se mélangent alors : la surprise, la panique, la tristesse. Mais elles s’effacent bientôt pour peu à peu laisser place à une étonnante sérénité. Emma est soudain rassurée. La sensation du contact du sable mouillé, froid et râpeux, s’est métamorphosée en un cocon cotonneux et chaleureux. À l’exacte température pour qu’elle se sente parfaitement bien.

          Après quelques instants de bien être absolu, Emma se sent alors remonter à la surface. Mais elle sait que ce n’est pas son corps qui remonte. Non. Lui, est impassiblement immobile au fond de l’eau alors que son esprit s’envole. Il monte doucement, encore et toujours. Puis, à 9 ou 10 mètres au-dessus de la surface de l’eau, Emma aperçoit la plage, les pins, et au loin, les bateaux.

          Dans la tête d’Emma, 1000 questions défilent. Une résonne plus que les autres :

« C’est donc ça, mourir ? »

          Emma se laisse emporter en toute quiétude par cette lumière blanche qui se tient devant ses yeux fermés. Comme si son incarnation terrestre n’avait plus aucune forme d’importance. Elle sait. Elle sait que tout va bien se passer. Peut-être même, qu’elle reviendrait. Ailleurs. À une autre époque. Dans un autre corps. Une autre vie. Peut-être même qu’en cherchant bien, en explorant au plus profond d’elle-même, plus tard elle se souviendrait intimement de cette vie qu’elle est en train de quitter. C’est du moins ce qu’elle espère de toutes ses forces à cet instant.

          Mais pas tout de suite. Non, elle ne va pas revenir tout de suite. Car son intuition lui chuchote qu’elle va d’abord se reposer de sa vie d’Emma. Prendre le temps dans un espace-temps différent, accueillant et bienveillant. Elle se laisse glisser dans cette faille lumineuse et chaleureuse sans même se retourner. Pure conscience libérée de son vaisseau charnel, son esprit s’élève encore. Elle accepte son destin. Elle vole et vogue vers l’inconnu, sans peur et sans douleur.

          Mais soudain un élastique invisible arrive à son point de tension maximale. Une étrange sensation la retient et la tire brutalement vers le sol puis la ramène brusquement dans son corps. Que se passe-t-il ? Toutes les sensations de l’eau salée l’ayant envahi reviennent en un battement de cœur. Car il s’est remis à battre. Son esprit lui ordonne alors d’expulser violemment l’eau contenue à l’intérieur des poumons. Comme un réflexe inconscient, son corps s’exécute. Le retour au corps est bien plus atroce et douloureux que le fait de devoir le quitter. C’est pour elle la pire des sensations qu’elle n’ait jamais connue.

          Emma reprend doucement conscience de la réalité qui l’entoure. Allongée sur le dos, elle se trouve sur la plage et réalise qu’un homme l’a secouru de justesse avant que son voyage vers l’inconnu ne soit irréversible. Sa vision est floue. Elle devine les quelques nuages qui moutonnent le ciel et sent le sable sec sous les doigts de sa main droite. Elle les enfonce profondément comme pour s’ancrer de nouveau à la matière.

          Tétanisée et le poing serré, elle reprend peu à peu le contrôle de sa respiration, de ses mouvements et devine quelque chose au creux de sa main. Emma l’ouvre doucement. Le sable blanc laisse alors apparaitre un galet ocre aux reflets dorés. Il a la forme d’un cœur, parfaitement sculpté par les vagues. Voici le souvenir rapporté de son étrange voyage. Hagarde, déboussolée, mais vivante, Emma est bel et bien de retour sur Terre. Avec une faculté étonnante en guise de cadeau : Elle parle désormais couramment le japonais.

          Comme nombre de personnes ayant vécu ce qu’on appelle une EMI, une Expérience de Mort Imminente, Emma raconte dans un de ses livres que cette expérience a bouleversé sa vie. Évidemment. Qu’a-t-elle vécu ? Pourquoi n’a-t-elle pas ressenti la peur de l’inconnu, de l’étrange, de la mort ? Pourquoi cet instant de flottement si déroutant mais si agréable ? Pourquoi cette impression si familière ? Et surtout, pourquoi et comment peut-elle désormais parler japonais alors qu’elle ne s’est jamais intéressée au Pays du Soleil Levant ?

          Après son EMI, Emma veut apporter des réponses à ces questions. C’est dans cette optique qu’elle décide de tout recommencer à zéro afin d’étudier ce qui flotte à l’intérieur de la boite crânienne de l’être humain : notre cerveau. Les neurosciences, la psychologie, les mécanismes de cognition, mais aussi la philosophie et la théologie. Après avoir obtenu 2 doctorats à l’âge de 25 ans, elle crée l’IREMAC pour donner corps à ses recherches sur l’esprit et faire découvrir au plus grand nombre les capacités étonnement sous-exploitées de notre incroyable encéphale. Une de ses disciplines favorites afin d’étudier les facultés de l’esprit humain ? L’hypnose.

Expérience de Mort Imminente et Conscience

Expérience de Mort Imminente ou EMI — Définition

Moment particulier qui se traduit par un ensemble de visions et de sensations uniques lors d’un état de mort clinique temporaire. Trivialement, les personnes ayant vécu une EMI sont cliniquement mortes pendant quelques minutes puis elles sont revenues à la vie.

« D’après la pensée scientifique occidentale, tout ce qui n’est pas scientifiquement prouvé n’est pas réel. » observe le Docteur Jean-Jacques Charbonnier, médecin anesthésiste référent en réanimation à l’hôpital de Toulouse depuis 2004.

Si la science actuelle ne peut rien prouver quant à une hypothétique vie après la mort, la convergence des témoignages des patients ayant vécu une Expérience de Mort Imminente reste cependant troublante. Français, Chinois, Américain, Guinéen… Quelles que soient leur culture et leurs croyances, tous rapportent la même expérience de ce long tunnel et de cette lumière blanche et apaisante au bout de celui-ci. La sensation d’être revenu « à la maison ».

« Phénomène physiologique lié à la biochimie du cerveau humain ! » répondront les plus sceptiques. Oui, ceci mis à part qu’en État de Mort Imminente — ou État de Mort Provisoire comme préfère le qualifier le Docteur Charbonnier — l’activité électrique du cerveau est nulle. Dès lors, impossible d’incriminer notre encéphale en l’accablant de quelconque hallucination commune à Homo Sapiens. 

Dans ces conditions, bien difficile également de soutenir la théorie collectivement admise qui consiste à dire que le cerveau serait le siège de la conscience. Car sans activité électrique neuronale, cette logique voudrait qu’il n’y ait plus de conscience possible.

Or, alors même que leur cerveau ne fonctionnait plus, les personnes relatant leur EMI sont bel et bien revenues avec des souvenirs très lucides de leur songe et parfois même des souvenirs des événements s’étant déroulés autour de leur corps sans vie (souvenir détaillé du personnel hospitalier s'affairant autour d’elles, par exemple).

« Si l’hypothèse selon laquelle la conscience et les souvenirs sont localisés dans le cerveau était exacte, il ne pourrait y avoir aucun signe de conscience au moment où le cerveau ne manifeste plus d’activité. Cette découverte nous contraint à reconsidérer la relation entre cerveau et conscience. »  explique le Docteur Pim Van Lommel, cardiologue et spécialiste des EMI de l’Université d'Utrecht.

Après avoir mené une étude publiée dans le célèbre magazine scientifique The Lancet et portant sur 344 survivants d’arrêt cardiaque, les conclusions de Van Lommel sont sans appel : il faut reconsidérer l’hypothèse du cerveau créateur de conscience et plutôt envisager celui-ci comme un récepteur.

« Quand on parle du cerveau et de la conscience, selon mon opinion, le cerveau ne produit pas la conscience. Le cerveau est un facilitateur, il rend possible le fait de faire l’expérience de la conscience. Le cerveau, mais également le corps, sont des émetteurs-transmetteurs. Comparez cela avec un ordinateur. Vous pouvez recevoir plus de 1 milliard de sites web, mais ces derniers ne sont pas produits par votre ordinateur. Pour recevoir la conscience, nous avons besoin de notre corps. Votre cerveau est l’instrument, mais ce n’est pas lui qui produit la conscience. Il ne fait que la transmettre. La conscience n’est pas localisée dans le cerveau, elle a un aspect non local, c’est-à-dire en dehors de l’espace et du temps. » explique le spécialiste des EMI.

Et vous ? Sur quelle conscience êtes-vous branché ? ▢

Viktor Sisko
Expérience de Mort Imminente et Conscience
Science & Conscience | Numéro 561 | Décembre 2010

Hypnose, Conscient et Inconscient

Depuis quand existe l’hypnose ? Comment a-t-on (re)découvert et théorisé cette fabuleuse capacité naturelle de notre cerveau ? 

À vrai dire, on suppose que l’hypnose existe depuis que l’Homme conscient de lui-même existe. Au commencement, l’hypnose ne disait simplement pas son nom car le terme n’est apparu qu’en 1880. Avant lui, on parle de rêverie, de transe, de sommeil magnétique, de rite chamanique, de voyage intérieur et initiatique, de révélation… Autant de noms — parmi tant d’autres — donnés au processus d’introspection dans lequel s’inscrit l’hypnose.

Longtemps utilisée dans le monde du spectacle au cours des derniers siècles et souvent considérée comme une pratique occulte ou une supercherie en complicité avec les personnes se portant volontaires, c’est seulement récemment que l'hypnose (que l’on appelle « hypnotisme » à l’époque) regagne peu à peu du crédit auprès de la science et de la médecine pour finalement être formalisée, enseignée et employée jusque dans les hôpitaux.

En 1878, le professeur et médecin français Jean-Martin Charcot réhabilite l’hypnotisme comme sujet d’étude propre à l’hystérie. Quelques années plus tard, un certain Sigmund Freud s’intéresse également de très près à l’hypnose avant de théoriser sa méthode cathartique et de poser les bases de la psychanalyse. 

Faria, Puységur, Braid, Liébault ou encore Bernheim… Au cours des 19 et 20e siècles, de grands noms se succèdent pour apporter leur pierre à l’édifice de l’étude des mystères de cet état de conscience si particulier dont résultent parfois des changements comportementaux et physiques aux allures de tour de magie. Parmi ces noms qui ont marqué l’histoire de l’hypnose, un résonne plus que les autres : celui de Milton Erickson. 

Psychiatre américain né en 1901, les travaux de Milton Erickson ont inspiré de nouvelles visions plus modernes de l’hypnose dont la Programmation Neurolinguistique (PNL) de l’école de Palo Alto, l’hypnose conversationnelle ainsi que les techniques de communication et d’influence dites « Ericksoniennes ».

Erickson reprend la plus célèbre des thèses de Freud : celle de l’existence dans l’esprit humain d’une partie consciente et d’une partie inconsciente qui par définition nous échappe. Le psychiatre américain l’interprète cependant différemment de l’autrichien en affirmant que l’Inconscient est la partie qui écoute et assure en permanence nos mécanismes biologiques (digestion, respiration, biochimie…) et cognitifs (préhension du monde via nos 5 sens et réactions qui y sont associées et apprentissages : marche, langage, lecture et écriture, conduite par exemple...). La plupart de ces tâches ont dans un premier temps été accomplies consciemment puis elles ont été automatisées de manière à ce que nous puissions les reproduire… Inconsciemment, c’est à dire sans y penser.

Toujours présent, l'Inconscient est ce meilleur ami qui souffle sans cesse les bonnes réponses au Conscient. L’hypnose est l’outil qui permet de renforcer ce lien entre ces deux parts de nous-mêmes.

« Ton conscient est très intelligent, mais à côté de ton inconscient, il est stupide ! » 

Voilà ce que pouvait dire Erickson à ses patients. Car selon lui, l’Inconscient capte, enregistre, emmagasine et analyse énormément plus de choses que la partie consciente de notre esprit et constitue une réserve de ressources incroyable qui n’attend qu’une chose : que le Conscient vienne y puiser son savoir.

« Votre inconscient sait bien plus de choses sur vous que vous-même. Il a accumulé des années d’apprentissage, de sentiments, de pensées et d’actions. Et tous les jours, nous apprenons des choses et des savoir-faire. Il est important que vous compreniez que toutes les connaissances acquises par votre esprit inconscient sont des connaissances que vous pouvez utiliser au moment opportun. Mais vous n’avez pas nécessairement besoin d’être conscient que vous possédez ces connaissances, jusqu’au moment de les mettre en œuvre. Et alors, vous réagissez tout à fait naturellement avec le comportement approprié. »

Et vous, quelle est la prochaine inspiration que votre meilleur ami vous soufflera ? ▢

Viktor Sisko
Hypnose, Conscient et Inconscient
Science & Conscience | Numéro 563 | Février 2011
 

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